La multiplication des phénomènes climatiques extrêmes et les dégâts considérables qu’ils entraînent menace la stabilité financière des assureurs. À tel point que certains commencent à se retirer des régions les plus exposées. En France, un rapport suggère de changer les règles du jeu pour éviter la formation de « déserts assurantiels ».

Aux États-Unis, les phénomènes climatiques ayant entraîné plus d’un milliard de dollars de dommages se comptaient sur les doigts d’une main dans les années 1980 : 3 par an, en moyenne. Dans les années 2010, on est passé à une moyenne de 13 par an. L’an dernier, il y en a eu 28. À tel point que de nombreux assureurs se retirent carrément des Etats les plus exposés comme la Californie ou la Floride. La France n’est pas épargnée par ce phénomène. L’été, des milliers d’hectares de forêt partent en fumée tous les ans, des incendies qui désormais touchent des régions historiquement épargnées. Récemment, le nord du pays a été frappé par une série d’inondations spectaculaires à quelques semaines d’intervalles.

La France fait partie des pays précurseurs puisqu’elle a créé dès 1982 un régime d’indemnisation des catastrophes naturelles qui garantit une forme de solidarité nationale même dans ces situations extrêmes. Mais face à des phénomènes de moins en moins exceptionnels, ce régime est aujourd’hui menacé. Rien que l’an dernier les catastrophes climatiques ont coûté 6 milliards et demi d'euros aux assureurs français. Et la facture risque de devenir très vite insoutenable. Comme aux États-Unis, certaines communes françaises ne trouvent déjà plus d’assureurs. Conscient du risque d’apparition de « déserts assurantiels », le gouvernement français avait mandaté l’an dernier trois experts chargés de proposer des solutions : Thierry Langreney, ancien assureur et président de l’ONG « les Ateliers du futur », Gonéri Le Cozannet, co-auteur du 6ᵉ rapport du GIEC, et Myriam Merad, directrice de recherche au CNRS. Leur rapport a été rendu public mardi 2 avril.

« Changer les règles du jeu économique. »

Face à « l’inflation climatique » pour reprendre l’expression de Thierry Langreney, il était urgent et impératif de refinancer le régime d’indemnisation des catastrophes naturelles, en déficit structurel depuis 2016. Les rapporteurs chiffrent les besoins à 1,3 milliard d'euros par an, sans même prendre en compte « les effets futurs inéluctables du réchauffement climatique ». Le gouvernement qui a ce rapport entre les mains depuis plusieurs mois n’a pas attendu pour suivre leur première recommandation : à partir du 1ᵉʳ janvier prochain, la surprime sur les assurances habitation qui finance l’essentiel de ce régime passera de 12 à 20 %.

Ensuite pour éviter l’apparition de « déserts assurantiels » ils suggèrent de « changer les règles du jeu économique » en transformant cette surprime en « bonus-malus fiscal » en fonction de la zone d’exposition. Si leur proposition était suivie, la part de ces 20 % qui reviendrait aux assureurs à la fois pour se rémunérer et indemniser d’éventuels dommages serait plus faible pour les biens assurés dans les zones les moins exposées et plus forte dans les zones où le risque climatique est plus important. Pour le dire encore plus clairement : les assureurs gagneraient plus d’argent en jouant pleinement le jeu de la solidarité nationale quand ils en perdent aujourd’hui.

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La mère de toutes les batailles

Les rapporteurs écartent l’autre solution qui consisterait à laisser les assureurs augmenter librement les primes dans les zones les plus exposées, même s’ils suggèrent deux exceptions : les propriétaires de résidence secondaire et les propriétaires de biens locatifs pour inciter ces acteurs à l’assise financière établie à investir en réalisant les travaux nécessaires à la protection de leurs biens.

La prévention est en effet « la mère des batailles », rappelle Thierry Langreney. Les mesures qu’ils préconisent ne compteront pas si rien n’est fait pour limiter au maximum le réchauffement climatique et éviter le scénario du pire. À l’échelle locale, renforcer la résistance des bâtis coûtera toujours moins cher à la collectivité que de rembourser les dommages liés à des catastrophes de moins en moins naturelles et de moins en moins exceptionnelles.